Jour 9 : Mont Saint-Michel

Mont Saint-Michel

 

Comme la précédente nuit, celle que je viens de passer a été bonne. J’ai dormi comme un bébé, à croire que j’avais beaucoup plus de sommeil à récupérer que je ne le pensais… A peine réveillé, c’est la douce effervescence : refaire les bagages, se  laver, se préparer, puis descendre prendre un bon petit déjeuner, copieux comme la veille. Le maître des lieux nous accueille, nous demandant si nous avons bien dormi et nous annonçant que malheureusement le temps va être capricieux. Tant pis, nous ferons avec !

Nous prenons la route après avoir remercié chaleureusement nos hôtes pour leur accueil et nous nous garons à peine une petite heure plus tard sur l’immense parking. Je n’étais pas revenu ici depuis de nombreuses années, et je suis agréablement surpris de sa transformation. Comme pour de nombreux sites en France, on prend conscience de l’importance que la nature reprenne ses droits, et ça n’est pas plus mal. Des bus électriques à double poste de conduite mènent les voyageurs du parking jusqu’au pied du Mont, après avoir traversé la zone de restaurants et d’hôtels.

Malgré la pluie, le spectacle du Mont majestueusement dressé au milieu de la baie à marée basse est toujours un spectacle formidable et impressionnant, qui impose une certaine humilité qui va au-delà du symbole religieux du lieu. Et malgré la pluie, il y a beaucoup de touristes. Beaucoup de groupes scolaires, étrangers pour la plupart. Avec une grosse majorité d’américains. Les garçons sont habillés avec leurs casquettes et leurs pantalons « baggy », les filles quant à elles portent des micro-shorts en jean’s et des baskets. Parfois même des tongues. Sont fous, ces ricains !

Une fois la porte du Roi passée, et après avoir délaissé la vitrine de la célèbre Mère Poulard, il suffit de s’engager dans la Grande Rue pour s’apercevoir de ce que devait être la vie autrefois pour les habitants du Mont, la rudesse et la dureté. Et l’étroitesse de la rue n’arrange rien. Après avoir ri dans un magasin de souvenirs devant le nom de certains apéritifs comme le gratte cul, la galipette, le pipi de la mouette ou l’apéritif des anciens, il apparaît judicieux de déjeuner tant qu’il n’y a pas de monde dans les restaurants. Malheureusement c’est le jour de fermeture pour le Du Guesclin. Alors, comme cela nous a été conseillé la veille, je pousse la porte du Tripot.

Ce n’est pas vraiment un restaurant, en fait il s’agit plutôt d’une brasserie, toute simple, un peu comme un bar de quartier. Derrière le bar, le patron à la mine patibulaire (mais presque) nous regarde du coin de l’œil. « Bonjour, nous venons déjeuner, c’est Jean-Louis, rencontré hier à Cancale, qui nous a conseillé de venir ici… ». A ces mots, un sourire se dessine sur le visage du maître des lieux, et il nous installe à une table tranquille. Il n’y a pas à dire : la viande de pré salé est à nulle autre pareille ! Je me régale, tout en regardant le patron bougonner après les jeunes scolaires qui s’imaginent que tout est permis !

Le ventre plein, il faut alors commencer à monter les 350 marches qui nous conduirons jusqu’à la terrasse de l’abbaye. Un véritable calvaire pour ceux qui n’ont pas l’habitude de la marche. Mais une fois là-haut, quelle merveille ! La vue splendide sur la baie me fait penser aux pèlerins à bout de souffle qui venaient jusqu’ici, se hâtant pour ne pas être happés par la marée qui remonte à la vitesse d’un cheval au galop. Ne dit on pas d’ailleurs « le Mont Saint-Michel au péril de la mer » ? Nous entrons visiter l’abbaye. Volumes et démesure : c’est ce qui caractérise les différentes salles que nous traversons. Comme dans le réfectoire par exemple, où les deux cheminées sont si grandes qu’on pourrait y faire griller un bœuf entier. On débouche soudain sur le cloître. C’est un véritable havre de paix à échelle humaine. De nombreuses personnes sont installées sur le sol et dessinent. Après un passage dans la la crypte des Gros Piliers et le scriptorium qui livre à qui s’y intéresse les secrets des enluminures et de la copie des manuscrits, il est temps de rejoindre la sortie.

La descente vers la porte du Roi se fait lentement, la fatigue commence à se faire sentir. Mais le temps, qui jusque là a été plutôt mitigé (alternance de courtes averses et d’éclaircies timides) va se charger de réveiller tout le monde. Alors que nous regagnons l’arrêt du bus électrique, nous avons droit à des trombes d’eau. Et lorsque nous arrivons au parking, la pluie se transforme en grêle. Le temps de payer et de regagner la supérette mobile je suis littéralement trempé ! Le chauffage à fond, nous reprenons la route aux alentours de 17h00. Direction Lion-Sur-Mer, où nous dormirons ce soir.

Nous nous garons juste devant l’hôtel. La pluie, bien que plus légère, n’a pas cessé. Nous nous installons et retirons nos vêtements trempés. Nous avons rendez-vous avec un ami, épicurien féru de bière et de promenades sur la plage. Nous passons Il nous fait visiter quelques lieux symboliques, comme le mémorial du commando Kieffer et la statue de Lord Lovat, flamme Pegasus Bridge (pour plus d’informations, demandez à votre meilleur ami Google ou revoyez l’excellent film Le jour le plus long). A Ouistreham, nous croisons aussi de nombreux camions qui s’apprêtent à embarquer pour l’Angleterre.

Mais ce qui retient mon attention, c’est le nombre de véhicules de gendarmerie présents. Jusqu’à ce que je vois de jeunes hommes, certains qui pourraient avoir l’âge de mon fils aîné, se cacher, avancer prudemment. Des migrants. Croyez-moi, les voir dans les médias et en vrai, ça n’a rien à voir… loin de là. Ça nous rappelle juste la réalité des choses, notre impuissance face à leur misère. Entre autre…

Nous finirons la soirée à Colleville-Montgomery, dans un excellent restaurant où papilles et pupilles seront encore mises à contributions. Harmonie, paix et serénité : ce seront les trois mots qui qualifieront cette journée.


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