A l’enfant qui va naître… (2)

Bébé

Lundi 21 février 2000

 

Mon Bébé,

Je m’étais dit que je commencerais plus tôt à rédiger ces quelques lignes dans lesquelles je ferais part de mes impressions, mais le temps a souvent été contre moi. Certes, il y a des moments où j’aurais pu m’y mettre plutôt que de jouer à divers jeux – je ne pense pas que ta mère me contredira. Je m’étais déjà dit plusieurs fois que j’allais le faire, mais je ne savais pas quoi t’écrire, ou plutôt comment l’écrire. Il est vrai qu’il y a tellement de choses à dire depuis que tu as été conçu… Je vais donc essayer de commencer par le début, comme toute bonne histoire qui se respecte. Comme je te l’ai dit précédemment, ta mère et moi avons vécu une histoire un peu compliquée, ou plutôt mouvementée devrais-je dire. Pour que tu comprennes mieux, je vais te raconter un peu de mon passé.

J’ai connue ta maman en juillet 1997 ; à cette époque je sortais déjà avec une autre fille, F. Je travaillais comme caissier dans un supermarché du 15ème arrondissement de Paris. C’était plus un job d’été qu’autre chose, mais ça me permettait de me faire un peu plus d’argent. Ta mère venait tous les midis chercher son repas. Elle arrivait généralement vers 12h45. Comme il y avait de la musique dans le magasin, ta mère sifflait les airs qu’elle entendait, tout comme je le faisais : c’est un peu comme ça que nous avons sympathisé. De fil en aiguille et de jour en jour, ta mère et moi discutions, brièvement certes, mais j’étais étonné et un peu déçu quand je ne la voyais pas. Chaque fois que je la voyais se diriger vers une autre caisse que la mienne, je faisais mine d’être vexé et de lui faire la tête : elle venait aussitôt se mettre dans la file de ma caisse. Je la faisais rire et je l’appelais « Belle Enfant ».

Le temps passait et la fin août est arrivé. Ta mère devait partir en vacances et lorsqu’elle reviendrait, j’aurais terminé mon contrat. Nous nous sommes donc dit au revoir le vendredi 29 août, pensant que l’on ne se reverrait plus… Je m’étais dit que les jours où je ne travaillerais pas, je repasserais de temps en temps au supermarché vers 12h45, afin de la revoir. Je ne te cacherai pas que je me sentais déjà attiré par ta mère… Et le lendemain vers midi, j’ai été surpris (mais heureux) de voir débarquer ta mère. Surpris car elle ne travaillait pas le samedi et qu’elle devait partir en vacances, et heureux car après tout je m’en fichais bien : elle était là c’était le principal. Elle m’a expliqué qu’elle ne partait pas en vacances, et que sa présence ici était normale puisque son père n’habitait pas loin : elle venait donc faire des courses pour lui. J’ai su plus tard que ta mère me mentait, car son père habitait (à cette époque) dans le 14ème arrondissement : elle était revenu exprès pour me voir. Nous nous sommes donc dit au revoir pour la seconde fois.

Il faut que tu saches qu’à cette époque je travaillais aussi dans la sécurité à temps partiel. C’est donc pour cela que je décidé de chercher un autre job en complément. Cet été là, F. était partie en vacances une semaine, elle allait voir son père à Saint-Nazaire. Quant à moi, j’étais invité à dîner ce 30 août chez un de mes collègues de travail. Pourquoi est-ce que je te dis tout cela ? Tout simplement parce qu’à 14h00, lorsque j’ai eu fini de travailler, je suis aller « pointer ». Sur ma fiche il y avait un petit mot : « rappeler S. au 01.45.41.73.12 ». J’ai été étonné de trouver un tel message, car je ne connaissais qu’une seule S. et elle ne savait pas que je travaillais ici. De plus ce numéro ne correspondait pas au sien. J’ai donc été voir ma chef pour lui demander des explication ; tout ce qu’elle a su me dire, c’est que cette personne avait appelé quelques minutes avant ma fin de service. Je suis donc sorti du magasin et la première chose que j’ai faite, c’est me rendre dans une cabine téléphonique. J’ai appelé cette mystérieuse S. … et je suis tombé sut ta mère. Tu dois sûrement te poser une question, à laquelle je vais répondre de suite : non je ne connaissais pas son prénom.

 Nous avons donc discuté et ta mère m’a dit pourquoi elle avait essayé de me joindre. « Je voulais m’excuser d’avoir été désagréable avec toi ce matin. Tu n’y étais pour rien, et je m’en suis prise à toi. Alors je voulais m’excuser ». Je ne me souvenais pas d’une quelconque altercation avec elle le matin, ni même qu’elle ait été désagréable. Mais elle m’a soutenu que c’était pourtant le cas, et qu’elle voulait se faire pardonner : elle m’invitait à dîner le soir même. J’ai réfléchis rapidement et je lui ai dit qu’elle n’avait pas besoin de faire ça pour être pardonnée, que de toute façon j’avais oublié. Mais elle y tenait vraiment. Alors je lui ai demandé de me laisser quelques minutes pour y réfléchir et que je la rappelais aussitôt. Dans la foulée, j’ai téléphoné à mon collègue pour annuler ; je lui ai dit que le magasin avait besoin que je revienne travailler de 17h00 à 21h00. Le temps que je compte ma caisse et tout ce qui s’en suit, je ne serait pas libre avant 22h00. J’ai ensuite rappelé ta mère pour lui dire que j’acceptais son invitation. Nous nous sommes retrouvés vers 19h00 pas très loin de chez son père, nous avons été dîner ,puis nous nous sommes promenés tous les deux du côté de la gare Montparnasse. Ta mère semblait mal à l’aise, timide, et cela m’amusait. Elle qui avait l’air si sûre d’elle lorsque je la voyais au magasin, ou lorsque nous avions discuté au téléphone, elle ressemblait à une jeune fille qui sort pour la première fois avec un garçon. J’avais compris que ta mère attendait que je fasse le premier pas et je m’en réjouissais, car je jouais à celui qui n’avait pas deviné. A plusieurs reprises, ta mère semblait vouloir dire quelque chose, puis elle se taisait. Alors je la taquinais en lui disant des choses comme « Qu’est-ce qu’il y a ? », « Tu es rouge tout à coup… ». Et je me suis finalement décidé, voyant que vraisemblablement ta mère ne ferait pas le premier pas. Par timidité ou peur de que je repousse ses avances, m’a t-elle avoué plus tard. C’est comme cela que nous sommes sortis ensemble. Cette nuit a été magique, et je ne l’oublierai jamais…

Mais comme je te l’ai déjà dit, j’avais déjà quelqu’un d’autre dans ma vie. Cependant, cela n’allait plus très fort. J’avais décidé de rompre, mais ça n’a pas été facile. J’ai revu ta mère, jusqu’à ce que F. découvre le pot aux roses. Elle a fouillé dans mes affaires, a trouvé le numéro de téléphone de ta mère et l’a appelée. Nous nous sommes séparés une première fois avec ta mère, mais j’ai réussi à la reconquérir. J’avais perdu sa confiance, mais je savais qu’en jouant franc jeu, j’arrivais à la gagner à nouveau. J’ai donc pris le taureau par les cornes et j’ai dit à ta mère que j’avais enfin rompu avec F. Ce n’était pas tout à fait vrai et lorsque Frédérique a rappelé un jour, ta mère s’en est aperçu. Après être revenu une première fois sur sa décision (chose que ta mère n’avait jamais fait auparavant), elle avait décidé cette que cette fois, tout était vraiment fini entre nous… Mais je tenais déjà énormément à ta mère, et j’ai usé de nombreux subterfuges pour la reconquérir à nouveau. J’ai réussi, et lui ai demandé qu’elle me permette de m’installer avec elle, le temps de me trouver un appartement : elle a accepté. Le 4 décembre 1997, j’annonçais à F. que je la quittais pour de bon. Je m’étais trouvé un petit studio en banlieue, pas très loin de chez ta mère. Nous avons donc passé de très bons moments ensemble : nous étions tombés fous amoureux l’un de l’autre. Notre coin préféré dans Paris était le quartier de Notre-Dame et plus particulièrement le pont Saint-Louis. Sur ce pont, il y a souvent de jeunes talents (spectacles comiques, automates, musiciens). Un soir, nous avions mangé une fondue dans un petit restaurant du quartier, et nous avions décidé d’aller manger une glace chez Bertillon, sur l’Ile Saint-Louis. En traversant le pont, nous avons vu une jeune homme assis sous un lampadaire, il jouait de la harpe celtique. C’était la première fois que je voyais quelqu’un autre que les artistes bretons en jouer. Nous avons été fascinés, à tel point que ta mère (qui donne parfois une petite pièce à des musiciens) lui a laissé un billet de 50 francs. Arrivés devant le glacier, nous avons changé d’avis et nous sommes rabattus vers le café d’à côté. Mais je me suis retourné et j’ai regardé le harpiste. Finalement, nous sommes retournés l’écouter jouer… Nous avons passé une soirée merveilleuse.

Mais je dois avouer qu’encore une fois, j’ai fait souffrir ta mère. L’été 1998, j’étais à une soirée chez une collègue de travail. J’ai passé la nuit là-bas et nous avons couché ensemble. Ta mère l’a découvert et cette fois-ci a décidé de me quitter pour de bon. Nous avions emménagé dans son appartement quelques jours auparavant, le 12 juillet exactement. Je m’en souviens car nous avions fait le déménagement avec M., le mari de ta marraine, et nous nous étions dépêchés car le soir même c’était la finale de la Coupe du monde de football. La France était de la partie, elle jouait contre le Brésil, et nous ne voulions pas louper ça… Bref, je devais rendre mon appartement, et ta mère a passé un pacte avec moi. Elle m’a dit de rendre mon appartement et de rester vivre avec elle le temps de renflouer mon compte bancaire. Une fois ceci fait, je me chercherais un autre appartement… C’est ainsi qu’a débuté une relation particulière avec ta mère. Nous habitions ensemble, nous n’étions plus ensembles et pourtant, nous nous aimions toujours. Mais pour reprendre l’expression de mon meilleur ami (et de surcroît ton parrain) qui résume parfaitement cette situation : « Officiellement vous n’êtes plus ensembles, officieusement non plus. Et au lit, cela dépend des soirs. ». Car ta mère et moi n’avions plus qu’un seul et même lit dans lequel nous dormions tous les deux. Le temps passait et rien ne changeait. Ta mère et moi vivions simplement comme avant, comme si rien n’avait changé ; mais nous n’étions plus ensembles.

J’avais cependant décidé de tout faire pour, à nouveau, reconquérir ta mère. Mais cette fois-ci elle avait l’air décidé à ne pas plier. Elle parlait déjà de futur, quand nous habiterions chacun de notre côté, que nous continuerions à nous voir… J’ai même essayé à l’époque de lui parler d’enfant : rien à faire. Mon unique et ultime chance est venue un peu grâce à C. et M. Nous avons passé le réveillon de la Saint-Sylvestre 1998 avec eux et d’autres amis (entre autre ton parrain et sa femme). Ils se sont fiancés devant nous et nous ont annoncé leur mariage pour l’été 1999. J’ai donc décidé d’utiliser cet événement pour reconquérir ta mère. Cela a débuté au moment de la fête des mères, lorsqu’en plaisantant, ta mère m’a montré une bague. Je la lui ai achetée, mais ne lui ai pas donnée de suite. Elle ne cessait de me la réclamer, et je lui répondais à chaque fois qu’elle l’aurait en temps et en heure, le jour où je l’aurais décidé. La date fatidique est arrivée : le 7 août 1999 ta marraine a épousé M. Pour l’occasion, j’avais préparé une chanson pour les mariés, que j’ai interprétée au moment du dessert. Mais ce que ta mère ne savait pas, c’est que juste après, j’allais interpréter une deuxième chanson. Non pas pour les mariés, mais pour elle. Inutile de te dire qu’à ce moment-là, j’avais un trac monstre. Je demandais à ta mère de revenir avec moi. Tout le monde dans la salle était au courant (sauf ta mère bien évidemment) et je n’avais peur que d’une seule chose : qu’elle me dise non devant une cinquantaine de personnes. J’avais décidé de lui offrir la bague à ce moment-là. Je tremblais en chantant, à tel point que ma voix elle même semblait faire comme de petits trémolos. Mais je m’étais inquiété pour rien, car à la fin de la chanson, ta mère m’a sauté au cou et m’a embrassé follement… Depuis, nous sommes à nouveau ensembles, nous nous aimons comme au premier jour, et tu es là pour en témoigner. Car tu es un enfant de l’Amour, conçu d’ailleurs dans cette période…

Depuis cette date jusqu’au jour où je t’écris, jamais je n’ai trompé ta mère. Je l’aime plus que tout et je ne tiens pas à la perdre pour toujours. J’ai eu peur lorsqu’elle m’a annoncé qu’elle était enceinte que cela vienne bousculer quelque peu notre bonheur. Non pas que tu n’étais pas le bienvenu, mais vu que nous étions à nouveau tous les deux depuis peu, elle ne veuille pas d’enfants pour l’instant, tant qu’elle n’était pas sûre de moi. J’ai cependant éprouvé une immense joie parce que j’attendais ce moment depuis si longtemps que j’avais de plus en plus de mal à dissimuler. J’étais heureux que ce rêve se réalise enfin et que ce soit avec elle… Mais je craignais aussi que ta mère ne considère cette grossesse comme un événement survenu trop tôt dans notre « nouvelle » relation et qu’elle ne souhaite pas te garder… Quand elle m’a dit : « Tu fais ce que tu veux, mais moi je le garde. », j’ai été soulagé…

Saches enfin qu’au moment où j’écris cette lettre, mes plus beaux souvenirs depuis trois ans sont des moments passés aux côtés de ta mère. Mon premier, bien sûr, reste le jour où elle m’a annoncé qu’elle était enceinte. Le second, dans la logique des choses, n’est autre que le jour du mariage de ta marraine avec Michael, lorsque j’ai reconquis ta mère. Le troisième, je t’en ai déjà longuement parlé, remonte au tout début de notre histoire d’amour : c’est le 30 août 1997, jour où cette histoire a vraiment commencé. Il y a en deux autres, tout aussi magiques : je placerai en quatrième position un soir de pleine lune en septembre 1997, sur le Pont Saint-Louis. Quant au dernier (je ne t’en ai rien dit, mais il fût lui aussi très beau), c’est notre premier réveillon de la Saint-Sylvestre. Nous l’avons passé tous les deux, dans l’appartement que j’occupais alors. Je devrais plutôt dire tous les trois, puisque Diabolo (ton futur copain) était avec nous, ta mère ne souhaitant pas le laisser seul chez elle, de peur qu’il n’aboie toute la nuit et dérange les voisins (mais tu auras tout le temps de comprendre et de vérifier ce que je viens d’écrire à ce sujet).

Voilà, mon Fils. Je vais en rester là pour aujourd’hui. La prochaine fois, je te parlerai un peu de ton grand-père paternel, que tu n’auras malheureusement pas la chance de connaître. Je te dirai quel homme et quel père formidable il était, bien que je m’en sois rendu compte trop tard. Je te parlerai aussi de ta grand-mère et de tes tantes. Je laisse le soin à ta mère de te parler de ta famille maternelle. Je t’aime très fort.

Papa.


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