Sur un air de jazz… (Part. 5)

Jazz5

D’un bond, elle se redresse. Elle se frotte les yeux et me regarde, incrédule. « Heu… Ce genre d’idée, ça vous prend souvent d’un coup, comme ça ? ». Elle hausse les épaules et hoche la tête. « Deauville… N’importe quoi ! », lâche-t-elle en s’étirant. Je lui demande ce qui se passe, elle se retourne vers moi. « Vous êtes sérieux ? », demande-t-elle, étonnée. Je la regarde en souriant, et lui confirme mon propos. Je lui demande donc de se préparer, et de prévoir quelques affaires, au cas où. Son visage s’illumine. « Deauville… ». Elle se lève et se dirige vers la salle de bain. Elle s’arrête, se retourne et, en souriant, elle m’invite à la rejoindre.

Une douche et quelques caresses plus tard, nous prenons la route pour la Normandie. Après avoir quitté le périphérique, nous laissons Paris derrière nous. Le temps est gris, le ciel est menaçant, mais il semble se dégager au fur et à mesure que nous nous approchons de notre destination. Il n’est pas encore midi lorsque nous nous garons dans le centre de Deauville. « Je commence à avoir faim… Pas vous ? », me dit-elle en descendant de voiture. Pour toute réponse, je lui saisis le bras et lui demande de me faire confiance. Nous nous engageons sur la place du marché. Je ne peux m’empêcher de regarder en soupirant le bâtiment sur la droite, et de constater avec regret ce que Le Kraal, l’ancien restaurant gastronomique, est devenu. Nous arrivons sur la place de Morny et nous entrons au Morny’s Café. Je donne mon nom au serveur qui nous accueille, et celui-ci nous invite à le suivre jusqu’à une table. « Vous êtes connus ici ? », demande-t-elle, étonnée, en enlevant son manteau. Je lui avoue que j’ai discrètement pris le soin de réserver une table, pendant qu’elle terminait de préparer ses affaires. Que l’idée de bruncher avec elle à Deauville m’a effleuré l’esprit plusieurs fois, et que l’occasion était trop belle pour ne pas la saisir. Elle me regarde, en souriant, et je vois dans ses yeux les mots qu’elle ne dit pas.

Après ce bon brunch, au cours duquel nous avons beaucoup échangé et ri, nous décidons d’aller marcher sur la plage. Le bruit des vagues, le vent léger et les cris des mouettes me font penser à une chanson de Benabar, et ça me fait rire. Elle me demande ce qui se passe, je lui explique. Ça la fait sourire, et j’aime. Définitivement. Tout en marchant, regardant droit devant nous, je saisis sa main. Elle s’arrête, me regarde, profondément touchée, et vient se blottir contre moi, dans mes bras. Une étreinte de quelques secondes, puis nous reprenons notre marche, mon bras autour de ses épaules. Discrètement, je saisis mon téléphone de ma main libre, je recherche un morceau dans ma playlist. Je m’assure que le volume est au maximum avant de lancer la lecture. Je range l’appareil dans la poche de mon manteau, d’où, soudain, retentit Amazing Grace. Elle s’arrête, les yeux rivés sur le sable. Elle sourit encore. Puis elle redresse la tête et s’approche de moi, son regard dans le mien. Nous nous faisons face. Pas un mot. Juste des coups d’œil qui en disent long. Nos lèvres se scellent en un baiser langoureux, comme on n’en voit plus qu’au cinéma. Nous savourons l’instant. Autour de nous, le temps s’est figé, arrêté. Plus rien, ni personne n’existe. Nous sommes seuls au monde. Un claquement sourd nous ramène à la réalité. Nous sursautons. Une goutte s’écrase sur mon front. Puis une autre sur sa joue. À contrecœur, nous quittons la douceur des bras de l’autre. Le temps reprend sa course, nous revenons sur terre en un éclair. Ou plutôt un éclair nous ramène sur terre. Suivi d’un nouveau claquement. Nous prenons alors conscience que, retirés dans notre bulle, nous n’avons remarqué le ciel de plus en plus menaçant, ni le grondement du tonnerre au loin. Nous nous regardons, amusés. La pluie se met à tomber, d’un coup, fort, et nous courons nous mettre à l’abri. La voiture est loin, les cabines de bain qui jouxtent les célèbres planches ne nous protègeront pas longtemps. Je propose alors de nous réfugier dans l’hôtel Normandy. Elle semble hésiter, mais la pluie s’intensifiant, je ne lui laisse pas le choix. Je lui saisis la main, et nous nous précipitons vers l’entrée de l’immense bâtisse.

Le contraste est saisissant. Je n’ai pas l’habitude de ce luxe presque ostentatoire, mais je ne me laisse pas décontenancer. Trempés et dégoulinants, nous dirigeons vers La belle époque, le restaurant de l’hôtel, et nous commandons un chocolat chaud. Nous nous sentons comme dans un cocon. Une vingtaine de minutes plus tard, la pluie semble s’être arrêtée. « Nous devrions en profiter pour retourner à la voiture. ». Le serveur s’approche et, l’air grave, nous dit que ce temps maussade n’est pas près de s’arrêter. Il ajoute que nous devrions en effet profiter de l’accalmie. « Vous ne voulez pas aller chercher la voiture, pendant que je vous attends ici, au chaud ? », dit-elle dans un éclat de rire. Nous nous levons, réglons nos consommations et regagnons le hall d’entrée. Je marche lentement. Les pensées fusent dans ma tête. Si nous regagnons la voiture, nous allons reprendre la route, et rentrer à Paris. Je ne sais pas ce qu’elle pense, mais je n’ai pas envie que ce moment s’arrête. Une idée me traverse l’esprit, je m’arrête. « Quelque chose ne va pas ? », m’interroge-t-elle. Je lui demande de m’attendre et je me dirige vers la conciergerie. Quelques instants plus tard, je rejoins ma belle demoiselle. Je lui saisis la main, et l’invite à me suivre. Le concierge la regarde en souriant : « Bonjour, Madame, bienvenue à l’hôtel Normandy. Nous allons vous conduire à votre chambre ». Elle me regarde, intriguée. Je l’attire à moi : « Je vais aller chercher la voiture. Je n’ai pas envie de partir. Passons la nuit ici… vous voulez bien ? ».

A suivre…


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